Une maison faite d'une coque de bateau retournée, ça existe : à Équihen-Plage, entre Boulogne-sur-Mer et Le Touquet. La raison tient à la pauvreté et à la marée : au début du XXe siècle, des familles de pêcheurs ont retourné de vieilles coques pour s'abriter. Huit répliques ont suivi dans les années 1990.
En bref
- Au début du XXe siècle, des familles de pêcheurs pauvres retournent d'anciens flobarts abîmés pour en faire des maisons sommaires.
- Une vingtaine de quilles en l'air ont été bombardées par les troupes allemandes, sauf l'atelier du peintre Paul Christol.
- Huit répliques des années 1990 accueillent aujourd'hui de deux à cinq hôtes sur le camping municipal, avec lambris et hublots.
Le chiffre clé : 8, quilles en l'air reconstituées dans les années 1990 sur le camping municipal d'Équihen-Plage.
Un port d'échouage a poussé les plus pauvres à retourner les bateaux
Au début du XXe siècle, Équihen n'a rien d'une station chic. C'est un village de pêcheurs modeste, entre Boulogne-sur-Mer et Le Touquet. À cause des marées et du faible niveau d'eau près de la côte, c'est un port d'échouage : les marins sont obligés de laisser leurs bateaux s'échouer sur le rivage.
Les bateaux utilisés dans la région s'appellent des flobarts. À force d'être tirés sur la grève, ils souffrent. L'eau, le sel et le sable abîment les coques, qui deviennent inutilisables au bout de quelques années.
Ces coques usées ont pourtant une seconde vie. Les habitants les plus pauvres y voient un moyen d'avoir un toit. Des familles de pêcheurs, pour la plupart, retournent les embarcations et en font des maisons sommaires. Les hublots, déjà percés, servent de fenêtres.
La réponse au « pourquoi » est donc simple : ni mode ni coup de génie d'architecte, mais pauvreté et récupération.
Du goudron sur la coque, la quille vers le ciel : l'origine du nom
Une fois retournées, les coques sont posées sur les hauteurs du village. On les enduit de goudron pour assurer leur isolation et les faire durer.
Le nom vient de leur silhouette. La quille est la pièce la plus basse d'une coque. Bateau à l'envers, elle pointe vers le ciel : d'où « quilles en l'air », l'expression que les locaux emploient pour désigner ces maisons.
Rien de décoratif à l'origine : le goudron protège, le hublot éclaire, la coque fait le toit.
Une vingtaine de maisons, un peintre marseillais et les bombardements
Le procédé perdure jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. On compte alors une vingtaine de quilles en l'air, qui forment un petit bourg sur les hauteurs d'Équihen.
Parmi elles, celle de Paul Christol. Ce peintre marseillais en élève une et en fait son atelier. Puis les troupes allemandes bombardent les maisons. Seule celle de l'artiste est épargnée. Pour les autres, il ne reste que des photos.
| Période | Ce qui se passe |
|---|---|
| Début du XXe siècle | Des familles de pêcheurs retournent d'anciens flobarts pour s'abriter |
| Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale | Une vingtaine de quilles en l'air forment un petit bourg |
| Seconde Guerre mondiale | Bombardement par les troupes allemandes, sauf l'atelier de Paul Christol |
| Années 1990 | Huit nouvelles quilles en l'air sur le camping municipal |
Équihen-Plage est le seul village à avoir logé des habitants dans des coques
D'autres lieux ont eu des constructions similaires, comme Yport, en Normandie. Mais elles servaient seulement d'abris ou de remises pour le matériel maritime. Équihen-Plage est le seul endroit à avoir accueilli de véritables maisons de ce type. C'est ce qui en fait une signature locale.
Le village cultive aussi un tempérament paisible. Surnommée « la fille sauvage de la côte d'Opale », Équihen-Plage a un caractère tranquille et préservé, avec des plages et des falaises qui s'étirent sur plusieurs kilomètres de nature. Chaque été, des voyageurs viennent y découvrir ces curiosités architecturales.
Les photos d'époque jouent un rôle clé. Elles documentent la naissance des quilles en l'air et ont permis à des architectes, dans les années 1990, de les reproduire à l'identique, avec le confort contemporain.
Huit répliques des années 1990 offrent lambris, hublots et noms de bateaux
Dans les années 1990, huit nouvelles quilles en l'air voient le jour. Elles remplacent les mobil-homes vétustes du camping municipal et permettent de réemployer d'anciens flobarts rachetés par la commune. Le chantier est long, et les coques sont posées sur des murets pour former de vraies habitations.
À l'intérieur, le confort est moderne, mais l'histoire reste visible. Le plafond est lambrissé, les hublots sont toujours là, et des plaques fixées à l'extérieur indiquent chacune le nom d'un ancien bateau. Ces logements estivaux accueillent de deux à cinq hôtes et ressemblent à des baleines face à la Manche.
Le succès est au rendez-vous. Le responsable du camping l'a résumé dans un reportage de France 3 Nord Pas-de-Calais :
« Les ‘quilles en l’air' sont énormément demandées, les réservations commencent en novembre pour l'été suivant »
Le responsable du camping, dans un reportage de France 3 Nord Pas-de-Calais
Pour votre propre intérieur, retenez la recette sans la coque : du lambris au plafond, une ouverture ronde façon hublot, un objet qui raconte une histoire.
Vos questions
Pourquoi appelle-t-on ces maisons « quilles en l'air » ?
La quille est la pièce la plus basse de la coque. Quand les familles de pêcheurs ont retourné les flobarts pour en faire des maisons, elle s'est retrouvée dirigée vers le ciel. Les habitants du coin ont gardé ce nom pour leur aspect retourné.
Peut-on séjourner dans une quille en l'air ?
Oui, des versions contemporaines se trouvent sur le camping municipal d'Équihen-Plage. Huit répliques des années 1990 y accueillent de deux à cinq hôtes l'été. D'après le responsable du camping, les réservations commencent en novembre pour l'été suivant.
Reste-t-il des quilles en l'air d'origine ?
Une vingtaine existaient avant la Seconde Guerre mondiale. Les troupes allemandes les ont bombardées, à l'exception de l'atelier du peintre Paul Christol. Pour les autres, seules des photos d'époque subsistent, et elles ont servi de modèle aux copies des années 1990.
Sources : admagazine.fr.